Canon et ses hybrides APS-C de la gamme R : à fuir ?

Après avoir abordé en 2021 le sujet de la monture RF de Canon sous l’angle du marketing des objectifs avec une conclusion assez mitigée, j’ai choisi d’être beaucoup moins nuancé concernant le bilan à date des hybrides APS-C de sa gamme R… mais le titre de cet article vous avait sans doute mis la puce à l’oreille. Pour expliquer ma position, voici mon plan :

  1. Quelques rappels :
    • Plein format et APS-C
      • Qu’est-ce que c’est ?
      • Chez Canon : la monture EF-S pour APS-C
      • Illustrations : EF-S vs EF
    • La révolution des hybrides
      • Qu’est-ce que c’est ?
      • Chez Canon : la monture RF pour hybride
      • Illustrations : EF vs RF
  2. La politique de Canon concernant sa monture RF
  3. Les parcs optiques pour Canon
    • Le parc EF-S
    • Comparaison au parc EF
    • Le ridicule parc RF-S
  4. État de la concurrence APS-C avec Nikon, Sony et Fuji
  5. L’APS-C et les grandes focales
  6. Oui mais…
  7. Conclusion

Quelques rappels

Plein format et APS-C

Qu’est-ce que c’est ?

Les termes « plein format » et « APS-C » désignent la taille du capteur de votre appareil photo. Il en existe d’autres et Wikipédia possède un article complet sur le sujet, avec par exemple celui sur l’APS-C. Retenez que le plein format (dit aussi « full frame » ou « 35mm ») est plus grand que l’APS-C, ce qui lui permet à technologies et définition égales d’être plus performant. En contrepartie, il nécessite d’avoir des objectifs capables de projeter une image plus grande sur le plan du capteur, ce qui se traduit par des objectifs plus gros, plus lourds et plus chers.

Comparaison entre un capteur plein format et un APS-C (@Canon)

Ainsi, il existe différents types d’objectifs selon la taille du capteur qu’ils peuvent éclairer. Typiquement, un objectif pour « plein format » pourra être utilisé sur un « APS-C », mais un objectif pour APS-C ne sera pas capable de projeter une image sur un capteur plein format.

Chez Canon : la monture EF-S pour l’APS-C

La monture EF-S dédiée aux boitiers APS-C a été lancée en 2003 en même temps que le 300D, environ 16 ans après le lancement de la monture EF pour plein format. Comme évoqué, le format APS-C propose un capteur d’une surface plus petite que celle d’un plein format. Chez Canon ce capteur « réduit » mesure 22.2 x 14.8mm contre les 36 x 24mm d’un plein format. Chaque dimension est réduite d’un facteur 1.6 (aussi appelé « crop factor » ou « facteur de recadrage ») amenant une surface réduite de 1.6*1.6 = 2.56.

Si cette réduction de taille n’est pas sans conséquence sur les performances des capteurs APS-C, elle permet en contrepartie de proposer des boitiers plus compacts… mais c’est également vrai pour les objectifs, ce qui s’explique par trois axes :

  • Les objectifs sur APS-C doivent éclairer une surface plus réduite que sur un plein format : les lentilles peuvent être plus petites ;
  • À focale identique, le format APS-C présente un « zoom » (le « crop ») d’un facteur 1.6 : un 50mm monté sur un APS-C cadrera comme un 80mm sur plein format (50*1.6 = 80). On dit aussi qu’un 50mm sur APS-C aura une focale équivalente de 80mm. Donc pour le même cadrage qu’un plein format, on pourra se contenter d’un objectif d’une focale plus faible (et donc moins chère).
  • Le design des boitiers APS-C de Canon a pu exploiter des marges supplémentaires par rapport au plein format, ce qui autorise une conception avec des éléments optiques se rapprochant davantage du capteur et ainsi plus de flexibilité.

Illustrations : EF-S vs EF

Je vous propose quelques exemples pour illustrer l’intérêt de la monture EF-S pour APS-C par rapport à de l’EF. Je précise que ces comparaisons ne sont pas parfaites. En particulier, la qualité de construction a une forte influence sur le poids, puisqu’un objectif « métallique » sera plus lourd qu’un autre en « plastique » et que les objectifs pour plein format sont généralement plus « haut de gamme ».

EF-S 10-22 f/3.5-4.5 USM vs EF 16-35 f/4L IS USM

Débutons par des objectifs classiques du paysage. L’EF-S 10-22 a une ouverture glissante très proche d’un f/4 fixe et se situe comme le mieux que propose Canon dans cette gamme. Son concurrent logique est le 16-35 f/4L. Néanmoins, puisqu’il s’agit d’un objectif de la gamme « L », il est d’une gamme supérieure.

Le Tamron 17-35 mm f/2,8-4 Di OSD serait intéressant à prendre en compte, mais il est bien plus récent (2018) et d’un autre constructeur, ce qui rend une comparaison difficilement exploitable (pour information, il est 80 g plus lourd que le 10-22, mais dans un gabarit quasiment identique).

ObjectifsPoids (g)Longueur (mm)Diamètre max (mm)Prix
EF-S 10-22 f/3.5-4.5 USM38589.883.5$600
EF 16-35 f/4L IS USM615112.882.6$1200
Différence+230 (+60%)+23 (25%)équivalent+600 (x2)

EF-S 17-55 f/2.8 IS USM vs EF 24-70 f/2.8 USM

L’objectif de base sur APS-C est souvent l’EF-S 18-55mm, tandis que son équivalent en plein format serait l’EF 24-70mm (ou le 24-105). Ces deux objectifs offrent des cadrages sensiblement équivalents. En effet, le 18-55mm sur APS-C cadre comme un 29-88mm (crop facteur de 1.6). Une comparaison est délicate puisque le 18-55 possède une ouverture f/3.5-5.6 glissante (f/3.5 à 18mm et f/5.6 à 55mm) alors que les 24-70 ont des ouvertures fixes (f/2.8 ou f/4). Les qualités optiques sont également assez éloignées. Aussi, je vous propose de comparer l’EF 24-70 f/2.8L USM de 2002 au célèbre EF-S 17-55 f/2.8 IS USM sorti en 2006.

ObjectifsPoids (g)Longueur (mm)Diamètre max (mm)Prix
EF-S 17-55 f/2.8 IS USM64511184$1180
EF 24-70 f/2.8 USM95012483$1480
Différence+305 (+47%)+13 (12%)équivalent+300 (25%)

Sigma Art 30mm f/1.4 DC HSM vs 50mm f/1.4 DG HSM

Passons maintenant à une focale fixe chez une autre marque. Sigma propose en APS-C le 30mm f/1.4 DC HSM Art et en plein format le 50mm f/1.4 DG HSM Art.

ObjectifsPoids (g)Longueur (mm)Diamètre max (mm)Prix
(EF-S) 30mm f/1.44356374549€
(EF) 50mm f/1.481510085949€
Différence+380 (+90%)+37 (60%)+11 (15%)+400 (70%)

Sigma Art 30mm f/1.4 DC HSM vs 35mm f/1.4 DG HSM

Une dernière comparaison permet de saisir uniquement l’intérêt d’illuminer un capteur d’une surface plus faible. Reprenons le Sigma 30mm f/1.4 DC HSM Art pour APS-C et comparons-le à la même focale pour plein format : le 35mm F1.4 DG HSM Art.

ObjectifsPoids (g)Longueur (mm)Diamètre max (mm)Prix
(EF-S) 30mm f/1.44356374549€
(EF) 35mm f/1.46659477949€
Différence+230 (+50%)+31 (49%)Équivalent+400 (70%)

En résumé

Si vous ne devez retenir qu’une chose : les objectifs dédiés au format APS-C sont plus compacts, plus légers et moins chers que leurs équivalents plein format.

La révolution des hybrides

L’hybride, qu’est-ce que c’est ?

Dit simplement, les hybrides sont des appareils photos REFLEX sans miroir. En effet, les REFLEX possèdent un miroir devant leur capteur, qui permet d’envoyer l’image vers l’oeilleton mais également vers des mécanismes assurant l’évaluation de l’exposition ainsi que la mise au point. Lors de la prise de vue (le déclenchement), ce miroir se relève, l’obturateur expose le capteur (les fameux premier et second rideaux) puis le miroir redescend : c’est le fameux « clic-clac » caractéristique des REFLEX.

Mais pourquoi remplacer des REFLEX alors qu’on fait des photos sans problème depuis des dizaines d’années ? Pour répondre à cette excellente question, voici quelques points forts des hybrides :

  • Visée électronique : sans viseur optique, l’œil dans l’œilleton est en face d’un écran : la fameuse « visée électronique ». Cette visée est probablement le sujet le plus controversé (surtout que l’écran laissait parfois à désirer), mais c’est selon moi un avantage. De nombreuses informations peuvent y être affichées, comme par exemple les zones nettes en cas de mise au point manuelle ou encore l’exposition simulée qu’aura la photo finale.
  • Compacité : avec la suppression du miroir ainsi que des optiques potentiellement plus compacts (voir plus bas), les hybrides sont plus compacts et plus légers.
  • Autofocus : pendant la prise de vue, le capteur autofocus des REFLEX ne peut plus être utilisé : on « perd » alors l’autofocus pendant cette période, ce qui est loin d’être idéal. Avec les hybrides, la perte de l’autofocus se produit uniquement pendant que le rideau opère, ce qui réduit la durée de perte d’information et donc améliore significativement la performance de l’autofocus.
  • Mise au point : avec la mise au point effectuée directement sur le capteur, c’est également la fin des problèmes de front- et back-focus. En effet, parfois une différence de chemin optique entre le capteur de l’autofocus et le capteur photo pouvait engendrer une mise au point réelle décalée vers l’avant ou vers l’arrière de la mise au point souhaitée, ce qui pouvait devenir un vrai calvaire à régler.
  • Silence : sans miroir, l’obturateur est maintenant le seul à faire un bruit perceptible côté boitier. La plupart des hybrides proposent un mode de fonctionnement sans obturateur mécanique (appelé « obturateur électronique ») mais sujet au « rolling shutter » (quelques explications). Cela peut être problématique avec des objets ou sujets en mouvement rapide, mais c’est parfait si vous êtes fan de visite d’église ou de concert classique. Et avec l’arrivée prochaine de capteurs à « obturateur global », ce problème disparaitra probablement.
  • Moins de mécanique : avec la suppression du miroir, la source principale des vibrations pendant les pauses longues disparait, mais elle doit théoriquement apporter également un gain de fiabilité.

Mais les hybrides ont aussi des inconvénients…. enfin, surtout un :

  • Autonomie : avec un REFLEX, il était possible voir ce que « voyait » l’appareil par le viseur optique sans grande participation du boitier. Avec un hybride, un écran est allumé en permanence, ce qui a de gros impact sur la consommation électrique. Mieux vaut prévoir plusieurs batteries !

La monture hybride RF de Canon

Avec la suppression du miroir, les objectifs peuvent maintenant se rapprocher du capteur. Cela pourrait être anodin, mais c’est loin d’être le cas. En effet, le tirage mécanique (l’écart entre la « base » de l’objectif et le capteur) est assez important pour les boitiers plein format, avec 44mm pour la monture EF de Canon et 46.5mm pour la monture F de Nikon.

Côté « mécanique », le tirage mécanique est diminué à 20mm pour la monture RF (moins 24mm par rapport à l’EF) et 16mm pour la monture Z de Nikon (gain de 30mm). Et côté électronique, chez Canon ce sont maintenant 12 broches au lieu de 8 qui assurent la communication entre boitier et objectif ainsi que l’apparition d’une bague de réglage personnalisable sur bon nombre d’objectifs (permettant par exemple de régler les ISO tandis que vitesse et ouverture restent côté boitier). Ce changement « électronique » permet l’amélioration des capacités de communication entre le boitier et les objectifs, permet aux nombreux progrès fait depuis 30 ans de s’exprimer librement (stabilisation des optiques et du capteur ainsi que les corrections des défauts optiques directement dans le boitier) et laisse la porte ouvertes aux évolutions à venir.

Différences entre monture EF et RF (image @Canon)

Avec la monture hybride, je mentionne la compacité depuis un moment. Si la suppression du miroir et la diminution du tirage mécanique offrent un gain certain sur le boitier, les objectifs peuvent en bénéficier également. Canon a d’ailleurs tout un passage à ce propos pour sa monture RF :

[…] les objectifs nécessitaient auparavant une ingénierie optique supplémentaire pour pouvoir déplacer le système optique vers l’avant et éviter le miroir de l’appareil photo, tout en conservant la même longueur focale. Avec la monture RF, ce n’est plus nécessaire. Par conséquent, les objectifs RF sont souvent plus compacts et légers que leurs montures EF équivalentes. Les objectifs RF peuvent également intégrer des éléments de plus grand diamètre positionnés à l’arrière. Ce type de conception permet de réduire la courbure des rayons lumineux lorsqu’ils traversent l’objectif, ce qui limite les aberrations et améliore la qualité globale de l’image. Il est désormais possible d’opter pour une plus grande ouverture pour une longueur focale donnée et d’obtenir une image très nette d’un bord à l’autre avec une perte de luminosité minimale.

Site Canon

Le gain sur les objectifs concernant principalement les focales faibles (inférieures à 50mm). En effet, avec un tirage mécanique de type « REFLEX » (44mm pour la monture EF), des formules optiques « simples » ne peuvent pas être utilisées dans la conception des objectifs. Il est nécessaire d’utiliser des conceptions plus complexes, par exemple celle dite « rétrofocus », ce qui rend les objectifs plus lourd et coûteux.

Avant de conclure cette partie, je souhaite aborder un point important régulièrement discutés sur les groupes de discussions. Les « anciens » objectifs en monture EF (ou EF-S) restent compatibles de la monture RF moyennant l’utilisation d’un adaptateur « intelligent » permettant de combler les 24mm de tirage mécanique manquant entre les 20mm de la monture RF et les 44mm de la monture EF. Il y a quelques exceptions, mais dans l’immense majorité des cas, si un objectif fonctionne sur un REFLEX en EF, il fonctionnera sur un hybride en RF et aura les mêmes performances (autofocus, qualité optique…).

Illustration des gains de la monture hybride

En plus des exemples ci-dessous, je vous invite à vous rendre sur ma comparaison des optiques EF et RF pour une comparaison plus complète.

En plein format chez Canon : le 24mm

Comparons l’EF 24mm f/2.8 IS USM (de 2012) et le RF 24mm f/1.8 MACRO IS STM (2022).

A gauche l’EF et à droite le RF (Images @Canon)

Côté gabarit, le RF mesure 74mm de long, 63mm de diamètre pour un poids de 270g, contre respectivement 69mm de long, 63mm de diamètre et 280g pour l’EF : vu de loin, ce sont des objectifs quasi-identiques. Fonctionnellement et optiquement, ils n’ont rien à voir : le RF ouvre à 1.8 contre 2.8 pour l’EF, soit un gain de plus d’1 EV d’ouverture, ce qui est énorme. Le RF se pare de la mention « macro », avec un grossissement de 0.5x à une distance de 14cm contre 0.23x pour l’EF (distance minimum de MàP de 20cm). Même si ce n’est pas de la « vraie » macro (avec un grossissement d’au moins 1x), la différence est significative. Enfin, le RF se contente d’un filtre de 52mm contre 58mm pour l’EF.

Avec 10 ans d’écart, les technologies utilisées sont probablement différentes, ce qui pourrait expliquer des différences sur le poids, mais les gains sur l’ouverture et le grossissement ne peuvent être liés qu’à la monture hybride.

En APS-C chez Canon : EF-S 18-135mm f/3.5-5.6 IS USM vs RF-S 18-150MM F3.5-6.3 IS STM

Ces objectifs dédiés aux APS-C sont des « entrées de gamme » et témoignent des gains qu’on peut attendre même à ce niveau. Avec une sortie en 2016 pour l’EF-S et 2022 pour le RF-S, ils disposent de technologies qui doivent être similaires. Le RF-S mesure 94mm de long, 69mm de diamètre et pèse 310g contre respectivement 105mm de long, 78mm de diamètre et 515g pour l’EF-S. La différence de gabarit est importante, et elle ne s’arrête pas là, puisque l’EF-S a un filtre de 67mm contre seulement 55mm pour le RF-S.

A gauche le Canon EF-S 18-135mm, à droite le RF-S 18-150 (Images @Canon)

Notons toutefois que même si le RF-S gagne 15mm de focale, une petite diminution d’ouverture se cache puisque le RF-S est ouvert jusqu’à f/5.6 uniquement jusqu’à 61mm pour passer à f/6.3 de 62 à 150mm tandis que l’EF-S est à f/5.6 de 76 à 135mm. Même si elle n’est pas significative, cette différence de 1/3 d’EV a une influence.

En résumé

Si vous ne devez retenir que deux choses de ce passage :

  • Les montures hybrides donnent davantage de liberté pour la conception des objectifs avec un impact fort sur les focales « courtes ».
  • Les objectifs pour REFLEX sont compatibles des hybrides moyennant l’usage d’un adaptateur.

La monture RF ne doit profiter qu’à Canon !

La monture RF n’est malheureusement pas la seule chose que Canon ait inaugurée en 2018. En effet, Canon mène une guerre contre les fabricants tiers qui oseraient proposer des objectifs concurrents des siens.

Le discours officiel de Canon est à ce sujet horriblement mielleux. Interrogé en aout 2023 sur une ouverture de la monture RF, Yonei Kazuka, présenté comme le « Director of the Business Planning Department of Canon’s Tokyo Lens R&D Department » répondait (ma traduction) :

[… ] Canon a ouvert sa monture RF aux fabricants tiers via un système de licences. Lorsque nous recevons une demande de licence d’un fabricant tiers, nous analysons si cette demande est conforme à la stratégie de Canon.

Yonei Kazuka (Weibo.com)

Si cette réponse n’était pas tout à faire claire, voici son illustration. En 2022, Viltrox a débuté la commercialisation d’un 85mm f/1.8 en monture RF avec autofocus (source : Réponses Photo). Cette opération a été de courte durée puisque Canon a rapidement menacé Viltrox de poursuite judiciaire, probablement pour violation de copyright concernant sa monture (source : DP Review).

En résumé : Canon ne veut pas de concurrence ! L' »ouverture » de la monture RF n’est ainsi que de la poudre aux yeux… Les seuls objectifs qui pourraient atteindre le marché le seront au bon vouloir de Canon.

Canon commence à être familier de cette communication « poudre aux yeux ». Rappelez-vous début 2023, Canon avait encore une fois soutenu qu’il n’abandonnerait pas la monture M :

We will continue to support and intend to continue the M system.

Tetsuji Kiyomi, Go Tokura, Yasuhiko Shiomi, Tetsushi Hibi (DP Review)

Début 2024, force est de constater que Canon maintient cette façade uniquement pour finir de se débarrasser de ses stocks.

Les parcs optiques

Le parc EF-S

L’intérêt des objectifs pour APS-C étant démontré, intéressons-nous à présent aux objectifs EF-S disponibles.

Chez Canon

Entre 2003 et 2017 (dernier objectif EF-S introduit), Canon a sorti les objectifs suivants :

  • Grand Angle :
    • Canon EF-S 10-18mm f/4.5-5.6 IS STM (2014)
    • Canon EF-S 10-22mm f/3.5-4.5 USM (2004)
  • Standards :
    • Canon EF-S 15-85mm f/3.5-5.6 IS USM (2009)
    • Canon EF-S 17-55mm f/2.8 IS USM (2006)
    • Canon EF-S 17-85mm f/4-5.6 IS USM (2004)
    • Canon EF-S 18-55mm f/3.5-5.6 IS STM (6 versions : 2003, 2005, 2007, 2011, 2011, 2013)
    • Canon EF-S 18-135mm f/3.5-5.6 IS USM (3 versions : 2009, 2012 et 2016)
    • Canon EF-S 18-200mm f/3.5-5.6 IS (2008)
    • Canon EF-S 24mm f/2.8 STM (2014)
    • Canon EF-S 35mm f/2.8 Macro IS STM (2017)
  • Téléobjectifs :
    • Canon EF-S 55-250mm f/4-5.6 IS STM (3 versions : 2007, 2011, 2013)
    • Canon EF-S 60mm f/2.8 Macro USM (2005)

Donc un total de 12 combinaisons différentes et 21 modèles différents (faute de mieux, j’appelle « combinaison » le nombre de couples « plage de focales »/ouverture différents : les 6 versions des 18-55mm f/3.5-5.6 ne sont qu’une seule combinaison).

Chez les fabricants tiers

De leurs côtés, les fabricants tiers proposent au moins 25 « combinaisons » en 29 modèles différents (9 chez Sigma, 7 chez Tamron, 4 chez Samyang, 5 chez Tokina, 2 chez Meike, 1 Opteka et 1 Laowa. Source : https://lesdeuxpiedsdehors.com/objectifs-canon-ef-s-aps-c/).

Évidemment, ces objectifs ne sont pas tous extraordinaires, mais certains fabricants proposent de réelles pépites ou des objectifs moins onéreux, avec par exemple :

  • Le Sigma 30mm f/1.4 DC HSM Art : une superbe focale fixe
  • Le Sigma 50-100mm F/1.8 DC HSM Art : un zoom très lumineux
  • Le Tamron SP AF 17-50mm f/2.8 : une alternative plus accessible au 17-55 f/2.8 de Canon
  • Le Tokina AT-X 11-16mm f/2.8 PRO DX : un grand angle qualitatif plus lumineux et moins cher que le 10-18 de Canon

Si l’offre EF-S de Canon n’est pas ridicule, les fabricants tiers peuvent offrir aux photographes des alternatives plus économiques, plus qualitatives ou plus « originales ». Ils jouent ainsi un rôle important dans l’offre des optiques en monture EF-S. Notez que grâce aux fabricants tiers, le parc d’optiques EF-S est triplé !

Comparaison à l’offre EF

Je ne vais pas énumérer tous les objectifs produits par Canon en monture EF. Une telle liste est consultable à l’adresse suivante : https://lesdeuxpiedsdehors.com/objectifs-canon-ef-liste/.

Une analyse rapide montre que Canon a produit au moins 59 modèles avec 54 « combinaisons » différentes. Il s’agit d’une offre très importante.

Cette même source indique pour les fabricants tiers 158 modèles et 107 « combinaisons » différentes. Notons que 61 de ces modèles proposent l’autofocus.

Si l’offre Canon EF est conséquente, là encore les fabricants tiers permettent aux photographes de disposer d’une large gamme d’objectifs en multipliant par trois les références disponibles.

Une offre ridicule d’objectifs en monture RF-S

Avec les R7, R10, R50 et R100 Canon propose différents boitiers en monture RF-S, allant du plus sportif au modèle « entrée de gamme ». Je ne vais pas écrire des pages sur le sujet, mais à l’exception du R100, je trouve ces boîtiers plutôt bons. Cependant après presque deux ans depuis la sortie du premier APS-C en monture RF-S (la commercialisation du R10 en juin 2022), Canon ne propose qu’un parc de quatre objectifs dédiés à cette monture :

  • RF-S 10-18mm f4.5-6.3 IS STM
  • RF-S 18-45mm f/4.5-6.3 IS STM
  • RF-S 18-150mm f/3.5-6.3 IS STM
  • RF-S 55-210mm f/5-7.1 IS STM

Si on compare ces 4 références RF-S aux 12 de la monture EF-S, l’écart est déjà significatif. Mais c’est tout simplement ridicule lorsqu’on prend en compte les fabricants tiers et leurs (au moins) 25 objectifs. Ce constat est le résultat direct de la politique de Canon concernant sa monture RF, puisque les fabricants tiers savent très bien produire ce type d’objectif, comme en atteste leurs offres pour les boitiers concurrents.

Typiquement en APS-C si vous voulez une focale fixe comme un 50mm, vous devez vous tourner vers un objectif pour plein format. Et si vous voulez quelque chose de plus qualitatif que le RF 50mm f/1.8 et rester sur la monture native, la seule solution est actuellement d’aller vers le RF 50mm f/1.2 et ses plus de 2500€. Une possibilité serait d’aller sur un 50mm en monture EF comme le Sigma Art f/1.4 autour de 700€, mais il faut ajouter une bague d’adaptation.

Chez Fuji, par exemple, vous aurez du choix parmis des objectifs dédiés APS-C :

  • Fujifilm XF 50mm f/1.0 R WR à 1300€
  • Fujifilm XF 56mm f/1.2 R WR à moins de 1000€
  • Tokina atx-m 56mm AF f/1.4 X à 500€
  • Sigma 56mm f/1.4 DC DN Contemporary X à 400€

État de la concurrence APS-C avec Nikon, Sony et Fuji

Pour bien se rendre compte du jeu auquel joue Canon, regardons ce que propose la concurrence.

Sony et sa monture E

Sony a sorti sa monture hybride E en juin 2010 avec ses boîtiers NEX-3 et NEX-5, ce qui fait de lui un des précurseurs de l’hybride « grand public ». Depuis, de nouveaux boitiers sortent régulièrement, le dernier en date étant le plein format Sony α7R V, sortie en décembre 2023. Côté APS-C, le dernier est le α6700 sorti mi-2023 et remplace le α6700 de 2019 (Sony a produit en 2021 le ZV-E10, mais il est plutôt dédié à un usage « Vlog »).

Le parc de boitier n’est donc pas exceptionnel, néanmoins Sony a conçu une vingtaine d’objectifs APS-C tandis que les fabricants tiers en ont des dizaines à leurs catalogues. Notons que le premier objectif APS-C d’un fabricant tier était annoncé dès janvier 2012 avec le Sigma 19mm f/2.8 EX DN, soit à peine 18 mois après l’arrivée de la monture E.

Nikon et sa monture Z

La monture Z de Nikon a été annoncée sur les Z6 et Z7 fin aout 2018 et le début de commercialisation de ces boitiers plein format a débuté en novembre de la même année. Nikon propose actuellement trois boitiers APS-C, les Z30 (aout 2022), Z50 (octobre 2019) et sa « variante vintage » Z fc (juillet 2021).

Côté objectifs, Nikon possède dans son catalogue 5 objectifs APS-C tandis que les fabricants tiers en ont des dizaines, même si a priori Nikon ne leur facilite pas la tâche, avec également des restrictions sur le détail du fonctionnement de la monture Z. La politique de Nikon semble être similaire à celle de Canon, à savoir « pas de concurrence », mais dans les faits différentes focales fixes et même différents zooms ont des plages focales en compétitions directes avec l’offre de Nikon, le tout avec l’autofocus, s’il vous plait !

Viltrox a proposé fin décembre 2020 le premier objectif avec autofocus, son fameux 85mm f/1.8 en monture Z pour plein format (oui, le même que Canon a rejeté en 2022). Il s’est donc passé à peine plus d’un an entre le début de commercialisation des boitiers et l’arrivée de l’objectifs d’un fabricant tier.

Fuji et sa monture X

Le positionnement de Fuji est assez différent de celui de Canon, Nikon ou Sony car il ne produit pas de boitier plein format. Il s’est spécialisé dans les boitiers APS-C et dans les moyens-format (un format plus grand que le plein format). Comme Sony, Fuji s’est également dirigé très tôt vers les hybrides avec sa monture X sortie en 2012 sur le X-Pro1. Depuis, Fuji a sorti une trentaine de boitiers, soit un rythme impressionnant de presque 3 par an !

Une quarantaine d’objectifs APS-C sont dans le catalogue de Fuji. Si principalement deux fabricants tiers ont dès le début fourni des objectifs avec autofocus (Carl Zeiss et Viltrox), l’ouverture de la monture X a été actée fin 2020, avec l’arrivée de Tokina, suivi par en 2022, par Sigma et en 2023 par Tamron. Cela n’a pas empêché de nombreuses marques de proposer dès 2012 des objectifs « 100% mécaniques » sans autofocus (Tokina, Laowa, 7Artisans, Samyang, Meike,…).

A date, le parc d’objectifs dédiés APS-C pour Fuji est énorme et continue de s’étoffer.

L’APS-C et les grandes focales

Si vous pratiquez l’animalier, la photo sportive ou tout autre spécialité nécessitant des focales relativement grandes, vous pensez que vous n’avez probablement d’autre choix que d’utiliser des objectifs pour plein format. Et c’est en grande partie vrai, surtout si vous êtes chez Canon, Nikon ou Sony.

Il existe en effet peu d’objectifs dédiés aux APS-C avec des focales supérieures à 100mm. Tamron propose bien un 18-200mm et un 18-300mm et j’imagine qu’on peut trouver des objectifs similaires chez d’autres constructeurs. Certaines marques offrent des objectifs catadioptriques (objectifs à miroir) avec des focales type 300, 600 ou 900mm (Tokina ou Samyang par exemple), mais la qualité de ces optiques n’a rien à voir avec ce que proposer les grands fabricants dans leurs objectifs « pro » plein format.

C’est également vrai si vous avez besoin si vous avez besoin de grandes ouvertures : je ne connais pas d’optique APS-C du type 400mm f/2.8 ou 600mm f/4.

De ce point de vue, seul Fuji sort a priori du lot, en offrant sur sa monture X un 200mm f/2 (sorti en 2022). Différents « grands zooms » sont aussi disponibles : Fuji propose un 100-400mm f/4.5-5.6 et un 150-600mm f/5.6-8, tandis que chez les fabricants tiers Sigma a dans son catalogue un 100-400 f/5-6.3 et Tamron un 150-500 f/5-6.7. C’est bien mieux que la concurrence, mais probablement pas encore suffisant pour les usages nécessitant une grande ouverture.

Aussi, pour ces pratiques photographiques le passage à la monture RF ne changera pas grand-chose. Il faudra très probablement utiliser des objectifs pour plein format.

Oui mais…

Avant de conclure, je vous propose une liste de quelques remarques vues sur la toile qui pourraient laisser penser que la politique de Canon concernant sa monture RF n’est pas si horrible.

Excuse (bidon) n°1 : Il suffit d’utiliser la bague d’adaptation

Canon (et d’autres) propose une bague d’adaptation permettant de monter les « anciens » objectifs pour REFLEX EF(-S) sur sa monture RF(-S). Compenser le manque de choix en RF(-S) par des objectifs en EF(-S) est-il la solution ?

Tout d’abord, l’existence d’une telle bague n’est pas un « cadeau » de Canon : c’était tout simplement indispensable avec l’arrivée d’une nouvelle monture. Il aurait été inconcevable que les objectifs EF(-S) avec un tirage mécanique plus important (44mm) soient incompatibles de la monture RF et son tirage mécanique de seulement 20mm. En effet, en grossissant le trait il suffit d’ajouter un « morceau de tube vide » de 24mm entre la monture RF du boîtier et l’objectif pour le rendre compatible.

Ceci étant posé, dire qu’il suffit d’utiliser la bague n’a pas grand sens. En effet, un des intérêts de l’hybride est de proposer un format compact et léger. Ajouter systématiquement 110g (le poids de la bague) à des objectifs EF(-S) non optimisés pour une monture hybride est en contradiction directe de cette philosophie. Côté marketing, Canon d’ailleurs joue à fond le jeu de la « compacité » sur ses objectifs RF-S et présente par exemple son RF-S 18-45 f/4.5-6.3 comme « compact et léger » (en oubliant au passage que ses 130g avantageux sont à mettre en face des 200g de l’EF-S 18-55 f/3.5-6.3, plus lumineux et d’une focale 10mm plus longue).

110g peut ne pas paraître si important, mais ce poids représente quasiment un tier de celui du R100 (336g)…. et il ne faut pas oublier que derrière cette bague se montera un objectif non optimisé pour une monture hybride. Mais il semble plus parlant de comparer un ensemble boitier et objectif :

  • Le R50 (375g) et un 24mm : avec le 24mm en RF (270g) le total fera 645 grammes contre 765 grammes avec le EF (280g) et la bague, soit une différence de 130g (+20%) entre RF et EF.
  • R50 et 18-135mm ou 18-150 : le couple avec l’EF 18-150mm pèsera 375+110+515 = 1000 grammes contre 375+310 = 685 grammes. L’EF sera 315 grammes plus lourd que le RF (+45% !).

Avec l’objectif « couteau-suisse » type 18-150mm, les « petits » 110 grammes de la bague sont donc transformés en presque l’équivalent d’un R100 supplémentaire au poignet.

Excuse (bidon) n°2 : Canon va bientôt ouvrir sa monture

Les rumeurs sur l’ouverture de la monture RF ne sont pas nouvelles. Déjà fin 2020 on croyait que Sigma allait produire en 2021 des objectifs pour monture RF. Trois ans après, rien n’a changé et les mêmes rumeurs annoncent maintenant des objectifs Sigma en RF pour 2024… rumeurs que ni Canon ni Sigma ne confirment.

Excuse (bidon) n°3 : Canon doit rentabiliser sa R&D

Oui, la recherche et développement a un coût. Mais comme vu plus haut, Canon est le seul constructeur majeur à continuer de verrouiller sa monture cinq ans après qu’elle soit sortie. Si Sony, Nikon et Fuji ont pu ouvrir la leur, pourquoi serait-ce impossible pour Canon ?

Conclusion

Je ne peux que conseiller à ceux qui cherchent un boitier APS-C pour débuter la photo de fuir Canon. L’offre APS-C en RF-S est simplement ridicule et l’usage d’une bague n’a aucun sens. Fuji ou Sony sont d’après moi des pistes à explorer en priorité : la politique de Nikon concernant les fabricants tiers n’est pas un modèle de vertu.

A l’opposé, les canonistes utilisateurs d’APS-C combiné à de grandes focales et à la recherche d’autofocus performants ne pourront que se réjouir de l’arrivée des boitiers hybrides Canon. Ils pourront réutiliser sans problème leurs lourds objectifs EF et le poids de la bague sera quasi-transparent.

Reste le cas des canonistes déjà équipés en monture EF(-S) désirant se tourner vers l’hybride :

  • Supporter l’usage d’une bague pourrait sembler être une contrainte acceptable le temps de « migrer » vers du RF. Mais la politique de Canon sur sa monture RF laisse pour le moment peu d’espoir de voir du Sigma ou du Tamron sur cette monture RF.
  • Tout vendre pour passer à une autre marque n’est pas une décision évidente et même sur le marché de l’occasion, nulle garantie que vous n’y laisserez pas quelques plumes. Mais de l’autre côté de la balance, qui sait ce que coutera le fait de rester dans un système « fermé » où Canon impose ses prix ?
  • Pour atténuer le coût de quitter Canon, l’usage d’une bague pour utiliser ses objectifs EF sur du Sony, Nikon ou Fuji est une possibilité qui permettra de remplacer progressivement ses objectifs par leur équivalent en monture native. Il faudra néanmoins vérifier que la performance des objectifs EF reste correcte avec la bague (surtout l’autofocus). Mais quitter une bague pour en retrouver une autre, même temporairement, est-elle vraiment l’idée du siècle ?

De mon côté, mon engouement pour Canon diminue avec le temps malgré mon passage à l’EOS R en 2019 : la politique de Canon n’épargne pas les pleins formats, même si l’offre en objectifs RF est presque au niveau de celle Canon en EF. Mais sans fabricants tiers, je suis pris en otage de la politique tarifaire de Canon et aucune alternative en RF n’existe face à mes Sigma Art ou à mes Tamron…

Bonnes réflexions, n’hésitez pas à me faire part de vos commentaires, questions ou corrections… et bonnes photos :)

Olivier Écrit par :

Un commentaire

  1. Alex
    11/02/2024
    Reply

    Bonjour Olivier.
    Tout d’abord merci pour ce très bon billet qui tombe à pic dans ma réflexion.
    J’ai en effet un canon 100D pour lequel je commence sérieusement à voir les limites, notamment dans la gestion de la faible luminosité.
    Je souhaiterais en changer mais j’hésite :passer sur le R50/850D/autre marque.
    J’ai en effet un petit écosystème d’objectifs EF-S avec le 24, le 42 et le 55/250 de chez Canon qui pourraient s’adapter sur le R50, mais ce dernier n’a pas l’air si sexy que ça : peu de réglages sur le boîtier, faible autonomie, buffering important…
    Mon cœur penche pour le 850D au risque d’y laisser des plumes dans une paire d’années à la revente.
    Ne connaissant pas les autres marques je n’ai que peu de visibilité sur le marché.
    Bref, c’est pas encore gagné et vous ne faites que renforcer mes doutes 😂

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